Le risque, avec une collaboration Supreme, consiste à ne regarder que le logo et à manquer l’essentiel. Pour sa première rencontre avec A.PRESSE, le label new-yorkais change pourtant de registre. La capsule automne 2026 met en lumière une jeune maison tokyoïte qui préfère les matières, les patines et la construction aux signatures trop visibles. Du cuir de veau au cachemire, cette association invite à considérer le vêtement avant son potentiel de collection.
- A.PRESSE réinterprète le vestiaire américain en privilégiant les matières, les patines et les finitions.
- La capsule comprend notamment des vestes en cuir, des pièces militaires, un costume coton-soie et des accessoires haut de gamme.
- Produite au Japon, au Portugal et aux États-Unis, la collection a été lancée les 10 et 12 septembre 2026.
Quand Supreme rencontre l’obsession textile d’A.PRESSE
Fondé en 2021 par Kazuma Shigematsu, A.PRESSE réinterprète avec minutie le vestiaire américain, du workwear aux vêtements militaires, sans oublier le sportswear et le tailoring. Ses coupes restent familières, mais son identité se niche dans les tissus, les délavages et les finitions inspirées des pièces anciennes. Le créateur résume cette philosophie par la formule « design without designing » : concevoir sans donner l’impression d’avoir forcé le dessin. Cette sobriété trouve un écho inattendu chez Supreme, dont la culture repose elle aussi sur des vêtements du quotidien passés au filtre d’une esthétique urbaine new-yorkaise. La différence tient au profil du partenaire. Après des collaborations avec des maisons établies ou des labels japonais déjà reconnus, Supreme braque ici les projecteurs sur une griffe âgée d’à peine cinq ans, encore confidentielle auprès du grand public. A.PRESSE bénéficie pourtant déjà d’une forte demande, avec des pièces qui se vendent souvent dès leur sortie. Ce premier partenariat entre les deux marques pourrait donc constituer un véritable changement d’échelle.
Du calfskin au coton-soie, une collection qui se juge au toucher
Le cœur de la capsule se trouve dans les matières. Une veste en calfskin noir, autrement dit en cuir de veau, côtoie une version en cowhide, ou cuir de vachette, marquée « PARK VIEW ». Une même silhouette se découvre ainsi avec des poids, des textures et des patines différents. Le vestiaire militaire passe par une M-65 et un pantalon cargo au camouflage appliqué manuellement, tandis que le sweat zippé à doublure thermique adopte lui aussi une teinture camouflage proposée en noir, orange, rouge et vert olive.
Côté tailoring, le costume noir ample associe coton et soie afin d’éloigner la pièce de l’image trop rigide du costume traditionnel. La chemise utilise pour sa part un coton pin Oxford signé David & John Anderson. La sélection comprend également un t-shirt illustré par une photographie originale d’Ari Marcopoulos, figure culte des cultures skate et streetwear, ainsi qu’une Camp Cap, un bonnet en cachemire et un porte-clés en argent sterling. Les coupes ont été développées conjointement, puis la production a été assurée par A.PRESSE au Japon, au Portugal et aux États-Unis.
Les logos restent discrets et les tarifs se rapprochent davantage de l’univers artisanal d’A.PRESSE que de l’offre Supreme habituelle : la veste en cuir de veau atteint 4 498 dollars, tandis que la gamme classique du label japonais propose déjà des t-shirts à 370 dollars et des vestes en laine à 2 900 dollars. Pour apprécier ces vêtements, mieux vaut donc observer le tombé, la densité du tissu et la régularité des finitions plutôt que chercher immédiatement un emblème reconnaissable.



Une collaboration discrète appelée à compter
Lancée mondialement le 10 septembre, la collection arrive au début de l’automne avec une proposition cohérente : faire dialoguer l’énergie de Supreme et l’exigence textile d’A.PRESSE. Elle peut séduire les collectionneurs, mais aussi les amateurs de tailoring décontracté, de beaux cuirs et de pièces militaires revisitées sans surcharge graphique. Plus qu’un simple échange de logos, cette capsule offre à Kazuma Shigematsu une exposition internationale et rappelle que la désirabilité ne dépend pas uniquement de la rareté ou de l’effet d’annonce. Une matière bien choisie, une coupe juste et une patine travaillée peuvent suffire à transformer une silhouette.
Avec cette collaboration, Supreme met sa notoriété au service d’une marque japonaise dont la discrétion fait précisément la force. A.PRESSE ne cherche pas à réinventer le vestiaire masculin à coups d’effets spectaculaires : le label préfère perfectionner des formes connues et laisser parler leur fabrication. Pour mieux s’habiller sans céder à chaque tendance, c’est peut-être la leçon la plus utile de cette capsule : regarder d’abord comment une pièce est faite, puis seulement le nom inscrit sur son étiquette.

