Le risque, pour une marque dotée d’une identité forte, est de finir prisonnière de ses propres codes. À force de perfectos sombres, de denim patiné et d’allusions rock, AllSaints semblait avoir transformé sa signature en formule. Son histoire londonienne méritait pourtant mieux qu’une répétition nostalgique.
Avec Aaron Esh aux commandes, la maison britannique ouvre cet automne un chapitre plus ambitieux. Le créateur ne renie pas le cuir qui a construit sa réputation. Il repart de ses fondations pour imaginer une garde-robe masculine complète, cohérente et immédiatement identifiable.
- Aaron Esh revisite l’héritage rock londonien d’AllSaints sans renier ses pièces emblématiques.
- La collection homme automne-hiver 2026 renouvelle le cuir, le denim, la maille et les chaussures en privilégiant coupe, proportions et toucher.
- La marque mise sur moins de promotions et de volume, avec des vêtements durables offrant une expérience proche du luxe à un prix contemporain.
Aaron Esh rallume l’étincelle londonienne d’AllSaints
Fondée en 1994 par Stuart Trevor et Kait Bolongaro, AllSaints s’est développée à Spitalfields autour de la musique, du cuir et d’une sensibilité typique de l’est londonien. Cette esthétique urbaine a fait son succès, avant de paraître plus figée. Nommé directeur de la création avec la responsabilité des collections femme et homme, Aaron Esh veut retrouver ce caractère sans effacer l’héritage de la marque.
Diplômé de Central Saint Martins, créateur de son propre label depuis 2022 et issu du programme NEWGEN du British Fashion Council, il associe la discipline de Savile Row aux sous-cultures britanniques. Son intervention va bien au-delà d’un changement d’image : les anciens patrons ont été abandonnés et une véritable organisation de studio a été installée. Esh préfère définir le client par son tempérament plutôt que par son âge. Son objectif est clair : proposer une expérience proche du luxe, mais à un tarif contemporain.
Du perfecto aux cinq jeans, une garde-robe reconstruite pièce par pièce
Pour sa première collection homme automne-hiver 2026, conçue avec la styliste Katy England, Aaron Esh reprend les essentiels d’AllSaints à partir des archives et de pièces vintage. Le perfecto demeure la pièce incontournable, mais le cuir dépasse désormais le traditionnel noir délavé : nouveaux poids, finitions plus variées et daims aux tons de pierres précieuses enrichissent le vestiaire. Autour de lui, cinq coupes de jean permettent de construire différentes silhouettes. Les vestes en cuir, les manteaux en shearling, la maille, les bottes et les tee-shirts sont retravaillés selon trois critères simples : la coupe, les proportions et le toucher. Le pantalon large plissé Conway, le cardigan Halley en mérinos, la veste cirée Boston ou encore les chaussures en cuir Skiff complètent cette proposition. Pour choisir parmi ces pièces sans se compliquer la vie, mieux vaut observer la façon dont une veste accompagne les épaules, vérifier que le pantalon conserve une ligne nette et privilégier une matière agréable dès l’essayage. Ce sont ces détails, plus que l’effet de mode, qui donnent à un vêtement sa longévité.





Moins de nostalgie, plus de caractère
Cette refonte ne cherche pas à transformer AllSaints en maison conceptuelle. Elle réactive ses meilleurs codes et les replace dans la rue. La campagne réunit ainsi Kiki Willems, Lux Gillespie et des Londoniens recrutés dans la ville, parmi lesquels des artistes, des étudiants, un menuisier, un chef et un danseur. Aaron Esh résume son ambition par une silhouette que l’on pourrait qualifier de « très AllSaints » sans qu’aucun logo soit visible. Son Londres repose sur l’attitude et sur une manière peu prétentieuse de mélanger pièces haut de gamme et vêtements plus accessibles. Cette vision accompagne aussi une stratégie fondée sur moins de promotions, moins de volume et davantage de valeur, avec des vêtements conçus pour durer plutôt que pour suivre un engouement passager.
AllSaints ne tourne donc pas le dos à son passé : la marque cesse simplement de le reproduire à l’identique. Entre perfecto recalibré, denim mieux pensé et cuir renouvelé, Aaron Esh transforme les anciens emblèmes en piliers d’un vestiaire londonien actuel. De quoi rappeler qu’une identité forte ne tient pas à un logo, mais à une coupe, une matière et surtout une attitude.

