Vous connaissez peut-être ce pote-là. Celui qui termine sa sortie vélo essoufflé, en sueur, et qui sort son téléphone avant même de reprendre son souffle. Pas pour checker sa fréquence cardiaque moyenne ni analyser sa progression. Non, il va direct voir s’il a piqué la première place à Kevin sur le segment de la côte du parking Carrefour. Ce comportement, presque un tic nerveux, cache en réalité un vrai problème de rapport au sport, et la rentrée est le moment parfait pour le questionner.
Pourquoi son classement Strava est devenu une drogue sournoise plutôt qu’un outil de progrès
À l’origine, Strava a été pensé comme un carnet d’entraînement numérique. Un outil pour suivre ses allures, sa charge de travail, ses progrès sur la durée. Le problème, c’est que l’application a ajouté une couche sociale terriblement addictive : les segments, ces portions de parcours chronométrées où chacun peut comparer sa performance à celle de milliers d’autres coureurs ou cyclistes. Résultat, le cerveau ne cherche plus à s’améliorer par rapport à lui-même, mais par rapport aux autres. C’est exactement le mécanisme des réseaux sociaux classiques, sauf qu’ici la validation ne prend pas la forme d’un like, mais d’une couronne virtuelle ou d’un classement en haut d’un tableau. Votre pote ne consulte plus son classement pour savoir s’il progresse : il le consulte pour savoir s’il existe encore aux yeux des autres. Cette comparaison sociale permanente génère un stress invisible, qui pousse à forcer sur des sorties qui devraient être tranquilles, juste pour ne pas perdre une place. Et c’est là que le sport plaisir bascule doucement vers l’obsession de la performance à tout prix.
Comment désactiver les segments et passer en mode privé pour reprendre le contrôle
Bonne nouvelle, la solution existe et elle est simple, gratuite, et disponible en quelques clics dans les réglages de l’application. Il suffit de désactiver les segments compétitifs et d’activer le mode privé sur son profil. Concrètement, vos données restent visibles pour vous, votre historique reste intact, mais vous disparaissez du classement public. Plus personne ne peut vous comparer, et vous ne pouvez plus vous comparer non plus. C’est un peu comme couper le son des notifications sur son téléphone : l’information est toujours là si vous la cherchez, mais elle ne vous saute plus dessus à chaque instant. Voici les étapes simples pour le faire :
- Aller dans les paramètres de confidentialité de l’application
- Activer le mode « profil privé » pour masquer les activités du grand public
- Désactiver l’affichage sur les segments dans les options de confidentialité liées aux classements
- Conserver l’historique personnel pour suivre sa propre évolution, sans exposition sociale
Ce simple réglage supprime une bonne partie de la charge mentale liée à la comparaison sociale. Et sur le plan physique, c’est loin d’être anecdotique : courir après un segment pousse souvent à ignorer la fatigue, à forcer sur une sortie censée être de récupération, ou à repartir trop vite après une blessure pour « reprendre sa place ». C’est exactement le terrain idéal pour un surentraînement qui finit en tendinite ou en fracture de fatigue.
Les conseils du coach pour courir enfin pour soi et non pour un classement
Une fois le mode privé activé, il reste un travail plus profond à faire : réapprendre à écouter ses sensations plutôt que ses chiffres. Voici quelques repères concrets à appliquer dès la prochaine sortie :
- Fixez-vous un objectif de ressenti avant de partir, par exemple « courir léger » plutôt qu’un temps précis à battre
- Une fois par semaine, coupez carrément le GPS et courez à l’instinct, sans données du tout
- Notez votre humeur et votre niveau d’énergie après chaque sortie, pas seulement votre vitesse
- Autorisez-vous une sortie « off », sans montre ni application, juste pour le plaisir de bouger
La rentrée est souvent le moment où l’on reprend le sport avec de bonnes résolutions, et c’est justement l’occasion de repartir sur de meilleures bases. Un corps qui progresse, c’est un corps qui récupère bien, qui dort suffisamment, et qui varie l’intensité de ses séances. Aucune couronne virtuelle ne remplace ça. Le vrai progrès se mesure sur plusieurs semaines, pas sur une sortie isolée face à un inconnu qui a peut-être dévalé la côte en trottinette électrique déguisée en vélo.
Alors la prochaine fois que vous croisez votre pote scotché à son classement après l’effort, vous savez quoi lui dire. Et pour vous-même, un petit test simple s’impose : désactivez les segments pendant un mois, et observez si votre plaisir de courir ou de rouler change. Il y a fort à parier que oui.

